Les mystérieuses hystéries collectives

Une maladie qui affecte un groupe de façon soudaine;

Les symptomes physiques sont bien réels;

Mais la cause est imaginaire…

La maladie du scarabée

En 1962, une rumeur a commencé à circuler dans une usine de textile américaine. La rumeur disait qu’un insecte piquait les gens dans l’usine et les rendait malades. Rapidement, certains travailleurs ont commencé à ressentir des engourdissements, des nausées, des vertiges et des vomissements. En tout, 62 employés ont développé cette maladie mystérieuse, et certains ont été hospitalisés. 

L’insecte rendait-il les gens malades? Non! Même si certains travailleurs ont pu être piqués par l’insecte, celui-ci ne donnait pas de maladie, et l’anxiété était la cause des symptômes. Des médecins, ainsi que le US Public Health Service Communicable Disease Center, ont conclu qu’il s’agissait d’un cas d’hystérie collective. 

Définition de l'hystérie collective

L’hystérie collective, c’est lorsque des symptômes de maladie se propagent rapidement d’une personne à l’autre, sans qu’il y ait de cause virale, bactérienne, ou toxique. En fait, la seule cause, c’est la suggestion émotionelle. La « maladie » se transmet par contact visuel ou sonore pendant une période limitée.

"Le diagnostic d'hystérie collective ne peut être retenu qu'après avoir éliminé toute autre pathologie pouvant expliquer l'apparition de ces manifestations. La première hypothèse envisagée concerne l'intoxication : vapeurs de peinture, toxines alimentaires. Quand une enquête approfondie permet d'éliminer le rôle de l'environnement, le diagnostic d'hystérie collective peut être alors évoqué."
plague

Pour nous compliquer la vie, les experts ont inventé une panoplie de termes différents pour décrire la même chose… Au fil de vos lectures, vous pourrez donc tomber sur ces différents termes, ils veulent tous dire « hystérie collective »:

  • Hystérie de masse
  • Syndrome psychogène
  • Phénomène psychogénique de masse
  • Psychose collective
  • Réaction de stress collective
  • Hystérie épidémique de masse
  • Maladie sociogénique de masse

Cas déclencheur

Il y a toujours un cas « déclencheur », quelqu’un qui ressent les malaises le premier. Celui-ci va parfois évoquer lui-même un facteur catalyseur: odeur de gaz par exemple. Ensuite, un témoin visuel ou auditif est pris à son tour des mêmes symptômes. Un autre s’en suit, puis un suivant. Les incidents comptent parfois des centaines d’individus atteints.

La paralysie du bras gauche

Février 1907, Londres (Royaume-Uni). Une écolière atteinte d’une paralysie infantile du bras gauche, se fractura le bras droit. Plusieurs semaines après l’événement, elle retourna en classe, et en quelques jours, trois enfants avaient perdu l’usage de leur bras gauche. Une quatrième élève avait tellement mal au bras gauche qu’elle le tenait coincé sur le côté de son corps et refusait de s’en servir.

L'anxiété, un terrain propice à l'hystérie collective

Une forte anxiété ressentie par le groupe est de toute évidence un terrain propice au déclenchement d’un épisode d’hystérie de masse. Cette anxiété peut avoir diverses origines, comme des conflits sur le lieu de travail, la présence d’un facteur environnemental gênant dans le bâtiment, une discipline sévère dans une école, ou une guerre imminente dans le pays. 

Le stress des enfants réfugiés

Depuis le début du 21ème siècle, il arrive communément que des enfants réfugiés en Suède tombent dans une sorte de coma en apprenant que leur famille sera déportée. Cette condition a reçu le nom de « syndrome de résignation » (en Suédois: uppgivenhetssyndrom), et elle n’existerait que parmi la population de réfugiés de ce pays. Les spécialistes déclarent qu’un certain degré de contagion psychologique est inhérent à la maladie, qui se propage alors aux jeunes parents et amis de l’individu affecté, qui se mettent à leur tour à souffrir de la condition.

Caractéristiques courantes de l'hystérie collective

L’hystérie de masse se différencie de toute autre forme d’hallucination collective par la présence de symptômes physiques. C’est une condition qui est encore mal comprise par les experts médicaux. 

Lorsqu’un incident d’hystérie collective se déclenche, on retrouve généralement les caractéristiques suivantes:

  • Symptômes sans cause organique;
  • symptômes temporaires et bénins;
  • apparition rapide des symptômes, et souvent, récupération rapide;
  • se produit dans un groupe clos;
  • présence d’une forte anxiété;
  • les symptômes se propagent par la vue, le son, ou la communication orale;
  • la propagation suit l’échelle d’âge ou de statut, commençant par l’élève le plus vieux par exemple;
  • il y a plus de femmes que d’hommes qui en sont atteintes.

Cette liste de caractéristiques communes est seulement un guide pour repérer un incident, et il est fort possible qu’un cas d’hystérie de masse ne comportent pas tous ces éléments. Par exemple, certaines épidémies n’affectent que les hommes.

La fièvre du pénis de Singapour

Une panique pénienne est une hystérie collective au cours de laquelle des membres masculins d’une population ressentent soudainement la conviction que leurs organes génitaux sont en train de rétrécir ou de disparaître complètement à l’intérieur de leur abdomen. Bien que des incidents surviennent un peu partout dans le monde, ils sont plus fréquents en Asie. Parfois, il en résulte des blessures lorsque les hommes atteint de la panique utilisent des objets comme des adhésifs, des lignes à pêche, des aiguilles, des crochets ou des lacets pour prévenir la disparition de leur pénis.

Une épidémie majeure a eu lieu à Singapour en 1967, affectant des milliers d’hommes. La suggestion émotive, dans ce cas, provenait d’une rumeur selon laquelle le vaccin contre la fièvre porcine ferait disparaître les organes génitaux des hommes.

Caractéristiques des victimes

Qu’est-ce qui fait qu’un individu dans un groupe soit affecté par l’épidémie, et qu’un autre individu ne le soit pas? Les différentes recherches sur le sujet ne cernent aucune caractéristique sociale, psychologique ou physique qui rendraient certaines personnes plus prédisposées à la condition.

"Il semble évident qu'il n'y a pas de prédisposition particulière aux maladies sociogéniques de masse et que c'est une réaction comportementale que tout le monde peut manifester dans les bonnes circonstances."
Bartholomew et Wesseley
Auteurs d'une étude sur l'hystérie de masse publiée dans le Journal Britannique de Psychiatrie

Le vol de l’enfer

Septembre 2018. Lors d’un vol de 14 heures entre Dubaï et New York, des passagers affichent certains symptômes, comme des éternuements et de la toux. Mais les malaises se propagent, et certaines victimes développent de la fièvre et des vomissements. En tout, 106 des 521 passagers sont atteints. Après avoir été avertis de l’épidémie par le pilote, le U.S. Centers for Disease Control and Prevention met l’avion en quarantaine dès qu’il arrive à New York. Les passagers sont évalués un par un, et 11 d’entre eux sont envoyés à l’hôpital. Au final, quelques passagers du «vol de l’enfer» étaient atteints de rhume ou de grippe, et les autres se sont mis à croire qu’ils étaient malades après avoir observé ceux qui les entouraient.

Rechutes

Il arrive qu’un épisode d’hystérie de masse se tempère, pour ensuite faire une rechute. C’est pourquoi certains experts suggèrent de parler le moins possible de l’événement. Par exemple, lors d’un épisode d’hystérie collective survenu dans une usine de Singapour, un homme médecine a été appelé pour procéder à un exorcisme. Il semble que cette performance n’ait fait que prolonger l’épidémie. Une couverture médiatique intense peut aussi empirer l’épisode d’hystérie. 

Les hystéries de Bâle

1892, Groß Tinz (Pologne). La main droite d’une fillette âgée de dix ans a commencé à trembler, et ce tremblement a évolué en crises d’épilepsie. La maladie s’est propagée à 19 autres étudiants. La même année, une épidémie semblable a affecté 20 élèves à Bâle, en Suisse. Douze ans plus tard, soit en 1904, l’école de Bâle a connu une autre épidémie, qui a touché 27 élèves cette fois. La légende locale entourant le premier événement aurait joué un rôle dans le déclenchement de celui de 1904.

Influences culturelles

Les manifestations des symptômes chez les victimes d’hystérie collective sont influencées par la culture et les croyances de l’époque. Durant le Moyen-Âge et la Renaissance, une époque où l’on craignait le diable et la sorcellerie, de nombreux cas d’épidémie de possessions démoniaques avaient lieu dans les couvents d’Europe. Depuis le 20ème siècle, les cas d’hystérie collective présentent souvent des symptomes liés à la peur d’un gaz toxique, d’une odeur malsaine, ou d’une attaque bactériologique, ou encore à la peur d’une contamination de l’eau ou de la nourriture, ce qui reflète les anxiétés modernes.

Des fraises trop sucrées

Mai 2006. Au Portugal, plus de 300 élèves provenant de 14 écoles ont été affectés par une difficulté à respirer, des éruptions cutanées et des vertiges. Certaines écoles ont été forcées à fermer temporairement. L’épidémie a commencé après la diffusion d’un épisode de la populaire série télé pour adolescents Morangos com Açúcar (Fraises au sucre). Dans cet épisode, les personnages de la série étaient atteints d’un virus qui mettait leur vie en danger, et présentaient justement ces symptômes. L’Institut National Portugais des Urgences Médicales a finalement qualifié la maladie d’hystérie de masse. Plusieurs parents ont manifesté leur inquiétude face à l’influence majeure de cette série sur les enfants et les adolescents qui la regardaient.

Morangos com Açúcar
Morangos com Açúcar

Les hystéries collectives à travers l'histoire

Ce n’est pas un phénomène nouveau. Il existe des douzaines de cas répertoriés à partir de documents historiques décrivant des épidémies d’hystérie de masse. Dans l’Europe médiévale et durant la Renaissance, des épidémies de danses frénétiques se produisaient dans certaines villes. Les victimes dansaient sans pouvoir s’arrêter, certaines allant jusqu’à mourir d’épuisement.

Entre le 15ème et le 19ème siècle, des doctrines religieuses strictes dirigeaient la vie dans les couvents d’Europe. Certaines jeunes filles, contraintes de rejoindre les ordres par la pression des membres de leurs familles, devaient suivre une discipline sévère, enfermées dans un lieu clos avec d’autres nonnes. Les couvents les plus stricts ont vu naître des douzaines d’épidémies de possessions démoniaques.

Quand les religieuses miaulent et jappent

En 1491, dans un couvent français, un groupe de religieuses atteint d’une hystérie de masse, tombaient en état de crise, jappaient comme des chiens et prédisaient l’avenir. En 1560, c’est en Espagne que des nonnes bêlaient comme des moutons, déchiraient leur voile et étaient prises de convulsions dans l’église. Dans un couvent français, des nonnes miaulaient ensemble tous les jours à une certaine heure, et cela durait des heures, au grand désarroi des voisins.

Pendant cette période, on considérait certains animaux comme de potentiels amis de démons, et les gens croyaient que ces animaux avaient la capacité de posséder des êtres humains. En France, les chats étaient méprisés pour cette raison, expliquant peut-être les «religieuses qui miaulaient». 

Un dernier cas hilarant

Il existe des centaines de cas d’épisodes d’hystérie de masse, cet article n’en couvre que quelques-uns. Terminons par un cas des plus intéressants:

L’épidémie de rire du Tanganyika

C’était en 1962, dans ce qui est aujourd’hui la Tanzanie moderne. On ne sait pas ce qui a déclenché cette épidémie d’hystérie de masse, mais on sait que dans un pensionnat, un petit groupe d’étudiants s’est mis à rigoler. Le rire est devenu contagieux, au point où l’école a dû fermer. De retour chez eux, les enfants l’ont donné à leurs familles, et les parents l’ont transmis aux alentours. D’autres écoles et d’autres village ont été touchés. Des milliers de personnes riaient sans contrôle. Les crises de rire frappaient un individu par période, et elle étaient accompagnées de divers autres symptômes: douleurs, évanouissements, problèmes respiratoires, éruptions cutanées et crises de pleurs. Environ dix-huit mois après son apparition, le phénomène s’est éteint. 

Références

  1. Hordé, Pierrick.- Diagnostics incroyables.- Éditions Flammarion, 2013.
  2. Sousa, Alain.- Les syndromes psychogènes : connaissances acquises et études de cas, « Bulletin épidémiologique Hebdomadaire », Numéro thématique, Institut de Veille Sanitaire, avril 2007.
  3. Mass psychogenic illness, Wikipedia
  4. Top 10 Bizarre Cases of Mass Hysteria, ListVerse
  5. Children hospitalised with mass hysteria, ‘mysterious bruises’ and a ‘Mexican demon’: How a video in the Dominican Republic spawned the ‘satanic’ Charlie Charlie game sending teenagers into a panic across the world, Daily Mail
  6. Au secours, mon pénis rétrécit !, Marianne
  7. Bartholomew et Wessely.- Protean nature of mass sociogenic illness.- Publié dans le British Journal of Psychiatry, 2002.

Un lieu peut-il nous rendre fou? Les syndromes du voyageur

Le 2 août 2009, une touriste d’origine russe jette une tasse de thé sur La Joconde. Protégé par une vitre blindée, le tableau n’a pas été endommagé. La jeune femme, « qui ne jouissait pas, selon la préfecture de police de Paris, de toutes ses facultés mentales », a été transférée à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture. La presse a évoqué le syndrome de Stendhal, une affection psychiatrique qui frappe les touristes submergés d’émotion par la beauté des œuvres d’art. Il s’agit d’un des quatre syndromes qui touchent les voyageurs visitant des endroits précis dans le monde.

Le syndrome de Stendhal (ou de Florence)

Ce syndrome est appelé ainsi en référence à l’expérience vécue par l’écrivain français Stendhal lors de son voyage en Italie, à l’étape de Florence, en 1817. Devant la profusion d’art. il a ressenti ce malaise où il était à la fois épris et malade.

J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber.
Stendhal
Stendhal
Écrivain Français

Afin de se remettre de son trouble, Stendhal s’assit sur un banc de la place, et lut un poème. Mal lui en pris, puisque la poésie s’additionnait à l’ambiance culturelle des lieux et ses visions empiraient. 

Le syndrome de Stendhal, également appelé « syndrome de Florence », est une maladie psychosomatique déclenchée le plus souvent lors de la visite de l’un des 50 musées de la ville de Florence, berceau de la Renaissance italienne. Le visiteur est subitement saisi par le sens profond que l’artiste a donné à son œuvre, et perçoit l’émotion qui s’en dégage d’une façon exceptionnellement vive qui transcende les images et le sujet de la peinture. Les réactions des victimes subjuguées sont très variables : crise d’hystérie, perte du sentiment d’identité, suffocation et hallucinations. 

Les gardiens de musée, à Florence, sont formés pour intervenir auprès de visiteurs victimes du syndrome, puisque certaines touristes ressentent l’urgence de détruire un tableau. À leurs yeux, le regard d’un autre peut mettre en danger leur propre perception de l’œuvre. En général, les patients se rétablissent en quittant la ville.

Ma propre mère a vécu un épisode de syndrome de Stendhal, et elle a accepté d’écrire un témoignage pour mes lecteurs, ce dont je suis vraiment reconnaissante car il est difficile de trouver une « victime » qui accepte de témoigner:

"Il y a une trentaine d’années, j’étais en voyage, en Europe, avec mon époux et un couple d’amis. Comme dans toutes les villes importantes, nous visitions, cet après-midi-là, un musée célèbre. Je ne me souviens ni du nom du musée, ni du nom de la ville. Mais ce qui est resté imprégné dans ma mémoire, ce sont les moments d’angoisse que j’y ai vécus. Avec les autres, j’admirais les nombreuses peintures exposées, lorsque soudain mon regard fut attiré vers une scène qui, instantanément, me jeta dans une peur terrible. Mon cœur se mit à battre à un rythme effréné, mon front se couvrit de sueurs et une immense détresse m’envahit tout entière. Je n’avais jamais ressenti une telle peur. Qu’est-ce qui m’arrivait? Instantanément, sans réfléchir, je m’enfuis à toutes jambes vers l’extérieur, par la première sortie. Je pris de grandes bouffées d’air, en attendant que les autres me rejoignent et en essayant de chasser de ma mémoire cette scène, qui me terrifiait encore, sans que je comprenne pourquoi. Je me calmai peu à peu, mais sous aucun prétexte, je ne serais retournée dans ce musée."
Danielle Boivin

Le Dr. Marie-Jeanne Guedj, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, a posé une fois ce diagnostic. Il s’agissait d’une lycéenne française partie avec sa classe en voyage scolaire à Florence. « Elle avait peur de ne pas être à la hauteur des oeuvres d’art, se souvient-elle. Elle a déclenché un état d’excitation. Elle était survoltée, incapable de dormir. » A son retour en France, la crise a cessé.

La psychiatre italienne Graziella Magherini, officiant à l’hôpital central de Florence, a observé et décrit plus de 100 cas similaires parmi les touristes. Sa description figure dans un livre éponyme qui classe les cas de manière statistique selon leur provenance et leur sociologie. En résumé :

  • les touristes provenant d’Amérique du Nord et d’Asie n’en sont pas touchés, il ne s’agit pas de leur culture ;
  • les touristes nationaux italiens en sont également immunisés ; ils baignent dans cette atmosphère depuis leur enfance ;
  • parmi les autres, sont plus touchées les personnes vivant seules et ayant eu une éducation classique ou religieuse, indifféremment de leur sexe.

Le Syndrome de PAris

Le syndrome de Paris est un trouble psychologique touchant certaines personnes en visite à Paris, et plus particulièrement les touristes japonais. Il est le résultat d'un choc culturel, l'individu découvrant que le Paris réel n'est pas du tout le Paris idéalisé auquel il s'était attendu, comme par exemple le Montparnasse des Années folles ou l'univers d’Amélie Poulain. L'individu se retrouve incapable de concilier ses attentes avec la réalité.

L’image d'un Paris idéalisé est particulièrement populaire au Japon, ce qui explique probablement pourquoi un plus grand nombre de Japonais sont victimes du syndrome. 

Le syndrome se manifeste par des états de désillusion aigus, des hallucinations, des idées de persécution, une forte anxiété et des manifestations psychosomatiques comme la tachycardie, les vertiges et les vomissements.

"J'ai rencontré plusieurs patients dans ce cas, témoigne le docteur Marie-Jeanne Guedj, psychiatre à l'hôpital Sainte-Anne à Paris. C'est un syndrome qui met du temps à s'installer. Les gens s'isolent, s'enferment dans leur chambre d'hôtel ou dans leur appartement."

Source de l’image: Reddit

Le Syndrome de Jérusalem

Un touriste nord-américain âgé d’une quarantaine d’années, est convaincu qu’il est Samson et qu’il a une mission à accomplir. En parvenant au Mur des Lamentations, il essaie de déplacer une des pierres car, selon lui, le mur n’est pas à la bonne place. Ses actions déclenchent un émoi épouvantable, nécessitant l’intervention de la police, et il est placé à l’hôpital psychiatrique de Kfar Shaul.

Une enseignante irlandaise se rend à l’hôpital de Jérusalem pour son accouchement. Elle proclame qu’elle est sur le point de donner naissance au bébé Jésus, mais en fait, elle n’est même pas enceinte. De son côté, un touriste autrichien se met en colère contre le personnel de cuisine de l’hôtel où il réside, lorsque ceux-ci refusent de lui préparer le repas de la Dernière Cène.

Chaque année, une quarantaine de personnes environ sont hospitalisées à l’hôpital de Kfar Shaul, victimes du syndrome de Jérusalem. Ce syndrome touche les touristes et se rapporte au sens religieux. Les individus s’identifient fortement à des personnages de l’Ancien ou du Nouveau Testament, ou sont convaincus qu’ils sont eux-mêmes un de ces personnages. Leur conviction atteint des dimensions psychotiques.

Les principaux symptômes sont les suivants :

  • Anxiété, inquiétude, et agitation,
  • Le désir de se détacher du groupe ou de la famille et de visiter Jérusalem seul,
  • Le besoin d’être propre et pur : obsession avec prise de bains et douches; taille compulsive des ongles de mains et de pieds,
  • La préparation, souvent à l’aide des draps de lit d’hôtel, d’une robe ressemblant à une toge, descendant jusqu’à la cheville et qui est toujours blanche,
  • Le besoin de crier, de hurler ou de chanter à haute voix des psaumes, des versets de la Bible, des hymnes religieux ou du Gospel,
  • Une procession ou une marche vers un des Lieux saints de Jérusalem,
  • La déclamation d’un ‘sermon’ dans un Lieu saint. Le sermon est d’habitude très confus et fondé sur un appel peu réaliste à l’humanité d’adopter un mode de vie plus sain, moral et simple.

Le docteur Yair Bar El attribue ces crises à la déception. Des pèlerins rêvent pendant des années à cette visite en Terre Sainte, mais la grande richesse archéologique de Jérusalem reflète surtout les périodes turque, croisée et byzantine sans aucune trace de l’ère pré-chrétienne et la plupart des sanctuaires chrétiens ont été soumis à la destruction ou à la transformation au cours de leur histoire mouvementée. Comme la réalité n’est pas à la hauteur de leurs fantasmes, les pèlerins deviennent frustrés et se réfugient dans le délire.

Composition confessionnelle des victimes de ce syndrome :
– 66 % de confession juive,
– 33 % de chrétiens (pour la plupart protestants)
– 1 % sans religion

Le Syndrome de l'Inde

Lors d’un périple de dix jours en Inde avec une association humanitaire, une jeune fille se met à courir dans les rues pour embrasser les vaches sacrées. Une autre touriste, elle, passe près de se noyer en voulant rejoindre à la nage ses parents en France.

Le syndrome de l’Inde frappe les Occidentaux. Dans ce pays mythique, le choc culturel est tel que certains perdent pied. Régis Airault, psychiatre, a été en poste au consulat de Bombay pendant quelques années. Il explique que dans ce pays, les repères des occidentaux n’ont plus cours. La foule, le bruit, les odeurs, la pauvreté, les excès du climat (mousson, chaleur…), l’omniprésence de la mort et du mysticisme provoquent, dans le meilleur des cas, une folle envie de fuir, mais peuvent également engendrer un délire paranoïaque de persécution, un vacillement de la personnalité, ou un sentiment océanique. (l’impression de se ressentir en unité avec l’univers)

Normalement, ces symptômes cessent lorsque les personnes touchées rentrent chez elles.

Références

  1. Syndrome de Stendhal, Wikipedia
  2. Syndrome du voyageur, Wikipedia
  3. Syndrome de Paris, Wikipedia
  4. Ces syndromes qui frappent les touristes étrangers, Le Monde
  5. Stendhal.- Rome, Naples et Florence, éditions Delaunay, Paris – 1826, tome II, p. 102
  6. Airault, Régis.- Fous de l’Inde (Payot, 2000, 226 p.)
  7. Le syndrome de Jérusalem, villemagne.net
  8. Paris Syndrome, Wikipedia
  9. Jerusalem Syndrome: the madness that grips foreigners on the streets of the holy city, The Telegraph

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