La montagne qui avale les gens

Thomas Gaiford, un britannique de 20 ans, est enthousiaste en cette journée de novembre 2014 à l’idée de se rendre au sommet du Mont Nyangani, la plus haute montagne du Zimbabwe. Mais cet optimisme le quitte lorsque, vers 3 heures de l’après-midi, un épais brouillard commence à engloutir tout ce qui entoure le jeune étudiant. Désorienté, incapable de trouver son chemin à travers cette soupe aux pois, il décide d’installer son camp, de planter sa tente, et d’attendre que le brouillard se dissipe. Mais la montagne ne compte pas le laisser en paix. Il subit d’abord les assauts d’une pluie soudaine qui s’abat sur lui avec force. Il est ensuite envahi par la noirceur, et est forcé malgré lui à passer la nuit sur place. Au courant de la nuit, il se retrouve encerclé par plusieurs animaux, et c’est à ce moment-là qu’il repense aux mises en garde que les villageois locaux lui ont dit: « Ignore tous les animaux ayant un comportement bizarre, car ces bêtes ne sont pas de notre monde ».

"J'ai prié et j'ai dormi pendant 10 heures. Plusieurs serpents effrayants se sont approchés de moi. Je ne les ai pas dérangés. Ils sont venus en nombre, mais je suis resté immobile. L'endroit était peuplé de plusieurs animaux, et je pouvais voir leurs yeux rouges brillants qui me regardaient. Mon caractère a été testé. Je suis resté ferme. Je me suis réveillé le lendemain matin, et le brouillard s'était levé."
thomas gaiford
Thomas Gaiford
Touriste au Mont Nyangani

Est-ce là les divagations d’un homme secoué par la peur, ou est-ce que quelque chose de surnaturel se passe sur cette montagne? 

Une montagne sacrée

Le parc national de Nyanga, l’un des plus anciens et des plus grands parcs nationaux du pays, est situé au cœur d’une nature sauvage à couper le souffle, dans l’Est du Zimbabwe. Des paysages magnifiques et une abondance de vie sauvage ont fait de ce parc une des attractions préférées des touristes qui visitent le pays. Au centre de cette nature se trouve le plus haut pic du pays (2592 mètres), le majestueux Mont Nyangani, anciennement appelé Inyangani. Mais ce mont a un surnom à donner la chair de poule: la montagne qui avale les gens. Il a gagné ce sobriquet en engloutissant régulièrement des individus qui s’y sont aventurés.

Selon les anciens du coin, c’est une montagne sacrée, et il faut respecter les esprits ancestraux qui y habitent. Sous peine d’être avalé.

Expériences paranormales

Autant les touristes que les locaux affirment avoir expérimenté dans cet endroit des anomalies bien singulières. On dit que l’équipement électronique se brise, et que les boussoles ne savent plus où est le Nord. Certaines photos qui y sont prises ne se développent pas correctement. La météo y est sournoise, avec des rafales de vent inopportunes et des brouillards qui semblent suivre les randonneurs délibérément, comme un harceleur.

Plusieurs visiteurs rapportent qu’à un moment donné, ils se sont sentis confus, étourdis, désorientés sans raison apparente. Même des randonneurs expérimentés qui connaissent bien l’endroit s’y perdent parfois, étant pris par des bouffées soudaines d’étourdissement et de nausée.

nyanga

On y rapporte aussi des lumières étranges, des sons inexpliquables, des animaux qui observent les visiteurs et les suivent dans leur périple, des arbres tordus qui murmurent entre eux, et sur lesquels on distingue des visages humains, de gros rochers qui tombent dans une rivière pour y disparaître complètement comme s’ils étaient avalés, et l’eau des rivières qui vire au rouge sang.

Chef Hata, un leader traditionel, explique que chacun ressort d’une excursion dans la montagne avec une expérience différente. « Différents individus vont voir différentes choses », explique-t-il. Il avertit toutefois que de voir quelque chose d’étrange peut indiquer une activité spirituelle anormale, comme par exemple voir un arbre énorme, alors qu’il n’y en a pas sur cette montagne.

Plusieurs disparitions

Bien qu’on ne sache pas exactement combien de personnes ont été englouties par la montagne, plusieurs voyageurs qui y sont disparus sont restés introuvables.  

En 1981, les deux filles d’un officiel du gouvernement sont disparues sans laisser de trace dans la montagne, et une recherche intensive par air et par terre n’a rien révélé sur leur sort, pas même le moindre indice.

Un écolier de 12 ans, nommé Robert Ackhurst, s’est éloigné de son groupe lors d’une sortie scolaire, pour disparaitre à jamais. Troublé d’avoir perdu un des élèves sous sa supervision, son enseignant s’est suicidé l’année suivante.

En janvier 2014, deux couples sont partis en promenade aux petites heures du matin lorsque à mi-chemin, l’un des randonneurs, Zayd Dada, un homme de 31 ans, a voulu s’enfoncer un peu plus loin pour mieux voir un des magnifiques paysages qu’offre le Mont Nyangani pendant que les autres restaient sur place à se reposer. Après un temps, comme l’homme ne revenait pas, les autres se sont inquiétés et l’ont cherché, en vain. Des recherches exhaustives ont été entreprises pour le retrouver, impliquant l’armée, l’air force, et la police, ainsi qu’un grand nombre d’alpinistes, de traqueurs, d’amis, de membres de la famille et de bénévoles. De la technologie infrarouge, ainsi que de la technologie d’imagerie 3D par satellite furent utilisées. Chaque route qui conduit au sommet de la montagne fut méticuleusement inspectée. Zayd Dada n’a jamais été retrouvé. Avalé par la montagne, comme les autres avant lui.

Disparus et retrouvés

Outre ceux qui sont engloutis à jamais, il y a ceux qui disparaissent, et qui reviennent. Certains d’entre eux sont retrouvés en état de transe, incapables de se rappeler de ce qu’ils ont vus, ni de où ils ont été.

Un cas particulier est celui d’un officiel respecté du gouvernement qui est disparu lorsqu’il était jeune avec deux compagnons. Ce n’est qu’au quatrième jour que les opérations de recherche et sauvetage les ont trouvés vivants. Le trio a raconté qu’ils ont erré pendant tout ce temps dans un état de confusion, sans se sentir ni fatigués, ni déshydratés, ni affamés. Ils voyaient effectivement passer les sauveteurs qui les recherchaient, mais quand ils criaient pour indiquer où ils étaient, on aurait dit qu’ils étaient invisibles, incapables de se faire voir ou entendre des sauveteurs. Le temps leur a paru bien plus court qu’il ne l’était en réalité, car ils croyaient être partis seulement quelques heures, et non 4 jours. 

On raconte que c’est seulement lorsque le chef d’une tribu locale a fait un sacrifice de sang aux esprits que les trois compagnons ont été tout à coup retrouvés. Selon les croyances locales, ils étaient coincés dans une sorte de monde intermédiaire entre les réalités, maintenus dans cet état par les esprits de la montagne, emprisonnés dans un état de limbes, ou de « suspension » appelé chimidza par les autochtones.

Croyances ancestrales

Selon la tradition locale, les esprits qui habitent la montagne sacrée sont de puissants esprits ancestraux. Les locaux disent aussi que des esprits maléfiques et des créatures surnaturelles peuvent y être rencontrés. La montagne est crainte par les gens du coin depuis longtemps. Ils s’en approchent avec précaution, respectant les règles traditionnelles. Certains coins de la montagne sont sacrés et personne ne doit y entrer, sous crainte de se retrouver désespérément perdu, incapable de quitter l’endroit, damné à errer sans but dans la montagne jusqu’à ce que la colère des esprits soit apaisée.

Les coutumes locales disent que si quelqu’un aperçoit un serpent coloré, une casserole qui mijote sans être sur un feu ou un lingot d’or, c’est un mauvais tour joué par les esprits, et il est préférable de faire semblant de ne pas avoir vu l’apparition et de continuer rapidement son chemin. Ils racontent aussi que les mêmes esprits malveillants aiment pousser les gens du haut d’escarpements abrupts. 

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Afin de ne pas enrager les esprits, les locaux expliquent qu’il faut s’abstenir d’uriner dans la montagne, de faire trop de bruit, de dire des blasphèmes, d’avoir des activités sexuelles, de porter des vêtements de couleur rouge, et de laisser des déchets derrière soi. Il est aussi recommandé que chaque visiteur demande la permission à un aîné d’un village local avant d’entreprendre une excursion.

Conclusions

Thomas Gaisford a confié que, avant d’entreprendre son excursion, les villageois lui avaient conseillé de faire bien attention dans la montagne à cause de ce qui s’y est déjà produit, mais qu’il a mis ces informations de côté et n’a pas consulté de leader traditionnel avant de partir. « J’ai réalisé plus tard que j’aurais dû. Je suis heureux d’être en vie. »

Peut-être que les traditions locales ont raison, et que la montagne est dangereuse à cause d’esprits en colère.

Mais peut-être aussi que le terrain prédispose aux accidents et aux disparitions. Déjà, la météo change sans prévenir. Le terrain est périlleux: on peut y trouver des pentes abruptes, des rochers escarpés et des gorges. Il arrive que les sentiers disparaissent sous l’épaisse végétation qui, dûe à une pluie abondante dans la région, a une croissance rapide. Tout cela peut expliquer que certains voyageurs ne soient jamais retrouvés.

Récemment, les autorités ont apporté des changements dans les règles de sécurité entourant le Mont Nyangani. Les touristes doivent maintenant engager un guide pour les accompagner dans la montagne, les téléphones cellulaires doivent être chargés au maximum avant de partir et les randonneurs doivent porter une lampe de poche avec des batteries de rechange. Les autorités ont aussi décidé d’ajouter des tours supplémentaires de cellulaire et de radio dans la région. Mais est-ce que ce sera suffisant pour calmer la faim d’une montagne qui a englouti tant d’hommes?