Poltergeist: Quand les esprits frappeurs attaquent

Poltergeist: Quand les esprits frappeurs attaquent

Le poltergeist de Turin

1900, Turin (Italie)

Sous les yeux des clients d’un cabaret italien, une bouteille de limonade se leva toute seule dans les airs et « parcourut lentement, comme si elle avait été accompagnée par une main, quatre ou cinq mètres jusqu’à l’arrière-boutique, dont la porte était ouverte, puis elle tomba à terre et se brisa. » 

Cet événement stupéfiant n’était pas le premier à se produire dans ce cabaret. Depuis quelques semaines, des bouteilles et des assiettes se cassaient toutes seules. Des ustensiles en cuivre tombaient par terre et parcouraient ensuite de longues distances dans la pièce. Le chapeau d’un visiteur, qui avait été posé sur un des lits à l’étage, disparut instantanément et fut retrouvé dans une poubelle dans la cour. Dans la cave à vin, des bouteilles descendaient toutes seules de leur rayon, roulaient par terre et s’accumulaient contre la porte de la cave de façon à l’obstruer lorsque quelqu’un voulait y entrer.

Autant la police que les prêtres restèrent incapables de trouver une cause à ces manifestations, et encore moins de les arrêter. Les propriétaires des lieux, la famille Fumero, furent soupçonnés de supercherie. Afin de s’éviter des ennuis, ils firent croire que tout avait cessé. Malgré tout, les déplacements d’objets continuaient, jusqu’au jour où le patron eut l’idée d’envoyer vivre ailleurs son garçon de 13 ans. Les phénomènes insolites cessèrent aussitôt. Et aucun événement étrange ne se produisit dans la nouvelle demeure du garçon. (réf. 2)

Signification de "poltergeist"

Mais qu’est-ce qu’un poltergeist au juste? Poltergeist est un mot allemand qui signifie « fantôme bruyant », ou comme on le dit en français, un esprit frappeur. Il s’agit d’une hantise pendant laquelle se produisent des manifestations physiques.

La présence d’un poltergeist dans un endroit peut être terrifiante. Des coups frappés aux murs, des meubles qui se déplacent, des portes qui claquent, des ampoules qui clignotent, des articles qui disparaissent, et même, des objets qui prennent feu spontanément… Les victimes de ces esprits frappeurs sont souvent impuissantes face au phénomène, et qui plus est, elles sont la plupart du temps accusées d’imposture.

Un cas typique de poltergeist ne dure pas très longtemps, quelques semaines voire quelques mois. Les cas qui s’étalent sur plusieurs années sont rares.

poltergeist

Les poltergeists réagissent aux personnes présentes

Il est fréquent, dans les cas de poltergeist, que les manifestations soient faites en réponse à ce que font les humains présents. Par exemple, les coups frappés par le poltergeist peuvent être une réaction à ce qui vient d’être dit ou fait dans la pièce.

Un poltergeist musical

Un bon exemple de ce phénomène s’est produit en 1870 chez la famille Shchapoff, à Sol-Iletsky, en Russie. Pour aider à calmer le bébé de la famille, la cuisinière, prénommée Marie, avait dansé. Plus tard dans la soirée, alors que le bébé était endormi et que la cuisinière s’était retirée, la famille entendit des bruits de pas de danse provenant de l’étage supérieur. C’était la même danse que Marie avait exécutée, reconnaissable à son rythme à trois temps. S’imaginant que Marie s’était éclipsée dans la mansarde afin de pratiquer sa danse, ils y jetèrent un oeil et découvrirent qu’il n’y avait personne à l’étage. De plus, dès qu’ils s’approchaient pour inspecter la mansarde, les bruits de danse cessaient. Mais une fois qu’ils étaient de retour au salon, la danse reprenait. Marie fut trouvée endormie, ce qui confirma qu’elle n’était pas derrière ce tapage. La danse fantôme continua toute la nuit.

Quelques semaines plus tard, M. Shchapoff était en train de chantonner un air au bébé lorsqu’il se rendit compte que, non seulement des coups fantômes étaient frappés d’eux-mêmes à la fenêtre, mais qu’ils s’accordaient au rythme de son chant. Il fit quelques expériences: s’il changeait d’air et de rythme, les coups se modifiaient eux aussi. Il tenta ensuite de fredonner à mi-voix, puis de simplement chanter en silence dans sa tête, et toujours, les coups frappés au carreau se synchronisaient à son chant. Même lorsqu’il n’émettait pas le moindre son. (réf. 2)

Communiquer avec le poltergeist

Dans plusieurs cas, les gens ont communiqué avec ces hantises en posant des questions qui peuvent être répondues par des coups suivant un code établi, comme par exemple: un coup pour oui et deux coups pour non.

En 1974, un exemple intéressant de poltergeist fut documenté à Andover, au Royaume-Uni. Dans ce cas, une famille tentaient de communiquer avec un esprit frappeur qui s’exprimait par coups. Ces coups étaient toujours produits dans le même mur d’une des chambres à coucher, soit la chambre où dormaient deux adolescentes. Les filles ont réussi à établir un code avec l’entité, où le nombre de coups frappés correspondait à la position des lettres de l’alphabet. Par exemple, cinq coups signifiaient la lettre E. Le poltergeist pouvait ainsi épeler des mots en réponse aux questions des deux soeurs. La famille ne se sentait pas menacée par cet esprit frappeur, et voyait ces séances de communication comme un jeu. (réf. 7)

Bien que les réponses obtenues ne nous aient rien appris d’intéressant sur l’origine du phénomène poltergeist, il est tout de même clair qu’il y a une forme d’intelligence derrière les esprits frappeurs.

Statistiques sur le phénomène poltergeist

Quelles sont la manifestations physiques qui surviennent le plus souvent lors d’un cas de poltergeist?

Une étude portant sur 500 cas de poltergeist, faite par Alan Gauld et Tony Cornell (réf. 1), nous en dresse un portrait intéressant. Voici le pourcentage des cas étudiés où apparaissent les manifestations suivantes:

  • Déplacements de petits objets: 64%, 
  • Bruits de coups: 48%, 
  • Déplacements de gros objets (par exemple tables et chaises): 36%, 
  • Apparitions de forme humaine: 29%,
  • Voix ou gémissements: 26%. 

Parmi les phénomènes moins fréquents, l’étude rapporte des apparition inexplicables de petits objets (parfois même dans les airs), de petits animaux aperçus ou entendus, des effets de lumière, des inondations, et même, des débuts d’incendie!

poltergeist priest

Le poltergeist incendiaire de Caledonia Mills

1921, Caledonia Mills (Nouvelle-Écosse, Canada)

Dans l’Est du Canada, une famille de fermiers a été aux prises en 1921 avec un problème majeur: des débuts d’incendies s’allumaient d’eux-mêmes dans la maison! N’importe quel objet pouvait prendre feu spontanément, comme le papier peint ou même une serviette mouillée. La plupart du temps, ces incendies spontanés n’étaient pas explicables, les objets se trouvant loin de toute source de flamme. Les manifestations poltergeists ne se limitaient pas aux incendies: le bétail était déplacé d’un endroit à l’autre sans que personne ne s’y affaire, des cendres étaient versées dans le lait, et une main mystérieuse tressait la queue des chevaux.

Trois personnes habitaient la ferme, soit Alexander MacDonald, sa femme Janet et leur fille adoptive Mary Ellen, qui avait 15 ans à l’époque. Inquiets de vois leur ferme brûler, ils demandèrent l’aide de leurs voisins, qui organisèrent une vigile afin de prendre sur le fait le pyromane. Personne ne fut attrapé.

Après un an de ces attaques, la famille décida de quitter la ferme et de se reloger ailleurs, où ils connurent la paix. C’est alors que plusieurs personnes curieuses, incluant des auteurs et des journalistes, vinrent s’installer sur la ferme afin d’étudier les phénomènes paranormaux qui s’y produisaient. Les observateurs expérimentèrent plusieurs attaques du poltergeist, incluant des giffles. 

Malgré le fait que les manifestations se produisaient encore en l’absence Mary Ellen, le Dr Walker Franklin Prince, un observateur, conclut que l’adolescente était à l’origine du phénomène qui infestait la maison. Cette conclusion suivra la pauvre fille toute sa vie. Elle se verra affublée de sobriquets et même enfermée dans un asile. (réf. 8)

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Ferme de la famille MacDonald, victime d'un poltergeist incendiaire en 1921
Caledonia Mills, Nouvelle-Écosse, Canada

Quand les poltergeists parlent

Parfois, les esprits frappeurs ne se contentent plus de frapper! Pour se faire entendre, ils émettent parfois des gémissements, des murmures, des cris, ou même des phrases clairement articulées. Il peut arriver aussi que ces phrases se retrouvent écrites sur les murs ou des bouts de papier.

Le phénomène des poltergeists qui s’expriment par mots en dit plus sur les intentions, ou du moins les émotions derrière les manifestations. Ce sont en général des réactions plutôt immatures, comme des insultes ou des obscénités. Parfois, il s’agit de prières.

Il arrive qu’un poltergeist essaie d’influencer ce qui se passe dans la maison. Par exemple, chez la famille Bell du Tennessee, la voix du poltergeist a voulu influencer Betsy Bell dans son choix de prétendant. Après les fiançailles de Betsy avec Joshua Gardner, la voix commença à se manifester à chaque fois que les fiancés passaient du temps ensemble. La voix les embêtait, les narguait, au point où les tourtereaux, ne trouvant plus la paix, rompirent leur engagement. Betsy se fiança alors avec Richard Powell, ce que semblait approuver la voix, puisqu’elle se tint calme et n’intervint pas dans cette relation. (Lire l’article complet ici.)

Dans le même ordre d’idées, voici un autre cas où un poltergeist s’en est pris à un homme dont il désapprouvait le comportement:

Le poltergeist de Bingen

856, Bingen (Bavières, Allemagne)

Un fermier était aux prises avec un problème d’ordre majeur: des pierres étaient lancées sur sa maison avec une telle violence que les murs tremblaient comme si quelqu’un les frappait avec un marteau. Seulement, l’origine de ces pierres était impossible à trouver. Comme si une main invisible ou un esprit les lançait. 

Ses récoltes ont ensuite pris feu spontanément. De plus, le poltergeist s’est mis à crier des obscénités au fermier, l’accusant d’avoir eu une aventure avec la fille de son contremaître.

L’évêque de Mainz envoya des prêtres, munis de reliques sacrées, chanter des hymnes et arroser la maison d’eau bénite. Mais le poltergeist ne se montra pas ébranlé, lançant des pierres sur les prêtres et leur criant des jurons. Les envoyés de l’église ont confirmé que sur place, ils ont entendu l’esprit frappeur accuser le fermier d’adultère.  (réf. 4)

La nature violente du phénomène poltergeist

Après s’être fait remarqué, après avoir terrorisé les témoins, il arrive que le poltergeist escalade encore plus sa hantise et devienne carrément violent, s’en prenant aux personnes présentes dans la maison. Ainsi, des gifles et des griffures sont parfois rapportées. Certaines victimes ont été poussées dans des escaliers.

Le cas suivant est un exemple de phénomène poltergeist atteignant une grande violence:

Le grand mystère d’Amherst

1878, Amherst (Nouvelle-Écosse, Canada)

Le 28 Août 1878, Esther Cox, une jeune femme de 18 ans, partit pour une promenade en chariot en compagnie de son courtisan, Bob McNeal. Cette promenade tourna au cauchemar lorsque Bob la menaça d’un pistolet et tenta de l’agresser sexuellement. Affolée, Esther rentra chez elle et garda ce secret pour elle. Quelques jours après, d’étranges phénomènes commencèrent à se manifester dans la maison familiale, comme des bruits sans origine explicable, et des objets se déplaçant touts seuls.

C’est le 6 Septembre que les attaques surnaturelles commencèrent à s’attaquer directement à Esther. Elle réveilla sa soeur Jane, avec qui elle partageait un lit, en criant « Réveille-toi, Jane! Je suis en train de mourir! » Le visage d’Esther était cramoisi, ses yeux exhorbités et ses muscles tendus. Puis, alors qu’elle criait qu’elle avait la sensation d’exploser, son corps se mit à enfler et elle devint très chaude au toucher. Cette enflure continua jusqu’à ce qu’une sorte de coup de tonnerre fut entendu, suivit de trois autres coups qui semblaient provenir de sous le lit. Et spontanément, Esther désenfla, reprit une apparence normale et s’endormit.

Cette attaque se répéta trois jours plus tard. Cette fois, Esther fut trouvée dans sa chambre, enflée, brûlante de fièvre, et hurlant qu’un courant électrique lui parcourait le corps. Les membres de la famille, qui étaient venus à la rescousse, purent voir les draps du lit d’Esther voler d’eux-mêmes à travers la pièce. Puis, suivant une autre série de coups à l’origine inconnue, Esther désenfla et retrouva le sommeil.

Le poltergeist se mit ensuite à écrire ses intentions sur les murs de la maison. La plupart des messages étaient trop blasphématoires pour être reproduits dans les journaux de l’époque. Près du lit d’Esther, les mots suivants furent griffonés: « Esther Cox, you are mine to kill » (Esther Cox, tu es à moi et je te tuerai). Les intentions violentes du poltergeist ne faisaient plus de doute.

Malgré les différentes hypothèses que les gens de l’époque avancèrent pour expliquer le cas (canular, électricité humaine, esprit malin, mesmérisme), personne ne put apporter de solution à la pauvre Esther et à sa famille. (réf. 10, 11)

Présence d'un enfant ou adolescent dans les cas de poltergeist

Il est fréquent, dans les cas de poltergeist, qu’un jeune à l’âge de la puberté soit présent, et que les phénomènes semblent se manifester autour de cet adolescent. Il existe même plusieurs cas où les phénomènes cessent complètement si l’adolescent quitte les lieux.

George Owen, un mathématicien qui s’est longuement intéressé aux recherches psychiques, a étudié le cas d’une manifestation poltergeist qui s’était déclenchée autour d’une jeune fille de 11ans, Virginia Campbell. Il en a conclut que ce n’était pas un canular, et que le phénomène était déclenché par Virginia elle-même, et non par l’esprit d’une personne décédée.

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George Owen

L’histoire de Virginia Campbell

1960, Sauchie (Écosse)

Les phénomènes poltergeist de ce cas bien documenté se produisaient tous autour d’une jeune fille de 11 ans, Virginia Campbell. La jeune irlandaise venait tout juste d’emménager avec sa mère dans une communauté d’Écosse, et, timide, elle peinait à socialiser et à se faire de nouveaux amis. De plus, l’absence de son père l’affligeait profondément.

Le premier phénomène poltergeist observé chez les Campbell fut le mouvement d’un buffet, près duquel Virginia était assise. Le meuble bougea de lui-même d’environ 5 pouces du mur, pour ensuite se replacer à son endroit initial. Il était clair, pour les personnes présentes, que Virginia n’y avait pas touché. Ce même soir, peu après que Virginia fut allée se coucher, une série de coups furent frappés avec une telle force que plusieurs voisins les entendirent. Un coffre décolla légèrement du sol et se déplaça d’environ 18 pouces par lui-même.

Durant le jour, les phénomènes poltergeists suivaient Virginia à l’école. En effet, il fut observé à plusieurs reprises que le couvercle de son bureau d’écolière se levait tout seul, malgré les efforts de la jeune fille pour le garder fermé. Le bureau a aussi été vu se lever légèrement du sol et retomber.

Ces phénomènes durèrent quelques mois, durant lesquels plusieurs enquêteurs se rendirent sur les lieux pour étudier le cas. Des enregistrements ont été faits. Outre les bruits de coups et de grattements, on peut y entendre Virginia parler de façon hystérique pendant son sommeil. Ce comportement tranchait beaucoup avec la réserve habituelle de la jeune fille. 

Lorsque les phénomènes eurent cessé, Virginia put reprendre une vie normale. Elle ne souffrit d’aucun sévice à long terme causé par ces expériences. (réf. 5, 7)

Quelle est la cause des activités poltergeist?

Les histoires de fantômes existent dans toutes les cultures, et ne connaissent pas de frontières. De fait, il existe des cas d’activités poltergeist sur tous les continents, même si le terme « poltergeist » n’est pas universel par lui-même.

Quelle est donc la cause de ces activités poltergeist? Il n’y a pas de consensus sur cette réponse. Il est d’ailleurs possible que la cause varie d’un cas à l’autre. Aussi, voyons les différentes hypothèses pour expliquer ce phénomène:

Méprises et canulars

Il y a toujours eu des canulars dans le domaine du paranormal. Mais depuis l’avènement de Youtube, les fausses vidéos de poltergeist se multiplient encore plus. J’ignore ce que veulent les créateurs de ces canulars, mais ils nuisent grandement au domaine de la recherche en paranormal en monopolisant temps et énergie à des cas qui s’avèrent être faux. Par ailleurs, ils donnent l’impression que toutes les victimes de poltergeist sont des imposteurs. Les réelles victimes peuvent ainsi se retrouver isolées et en souffrir.

De plus, il arrive que les gens se méprennent et pensent être victime d’une hantise alors qu’il existe une explication terre à terre aux phénomènes qu’ils expérimentent. 

Psychokinésie spontanée récurrente

Qu’est-ce que la psychokinésie? Il s’agit de la capacité d’influencer les objets par la pensée. 

Plusieurs chercheurs en parapsychologie privilégient l’hypothèse que les manifestations poltergeist soient causées par une psychokinésie inconsciente. 

Pour que ce phénomène se produise, selon eux, il faut la présence d’un « hôte » capable de produire ces manifestations, soit quelqu’un qui a assez d’énergie psychique pour le faire. Cet hôte est souvent appelé « agent humain ».

Toutefois, l’hôte en question est totalement inconscient de l’influence qu’il semble avoir sur les objets. Ce pouvoir serait déclenché sans qu’il s’en rendre compte, la plupart du temps parce qu’il traverse une période trouble de sa vie, des difficultés émotionelles, ou l’approche de l’adolescence.

nina kulagina

Il s’agit de l’hypothèse favorite des chercheurs en paranormal. Cependant, cette théorie a ses limites. Bien que des chercheurs en parapsychologie aient fait des expériences de laboratoire sur des sujets qui se disaient capables de psychokinésie, ils se retrouvaient face à de petits mouvements, comme une épingle qui bouge par elle-même, ou un jaune d’oeuf qui se sépare du blanc dans l’eau. Jamais ils n’ont obtenu des résultats se rapprochant de l’ampleur qui peut se produire pendant une attaque de poltergeist, comme par exemple un gros meuble qui se déplace, une pluie de pierres qui tombe dans le salon ou des mots qui s’écrivent sur les murs…

Énergie d'un lieu

Je suis portée à croire que certains lieux sont plus propices que d’autres aux phénomènes paranormaux à cause de l’énergie spécifique de ces lieux. Cela peut être causé, par exemple, par le champ magnétique de l’endroit, ou par la présence de certains minéraux dans le sol.

Dans le cas des phénomènes poltergeists, cette théorie pourrait être jumelée à une autre: les phénomènes de cette nature pourraient être possible seulement si un agent humain est présent ET que l’énergie des lieux prédispose à ce genre de manifestation. Cela pourrait expliquer les cas où des familles, aux prises avec une infestation poltergeist, déménagent et trouvent enfin la paix dans un autre lieu où les manifestations ne se produisent pas.

Fantômes (personnes décédées)

Pendant des siècles, on a attribué les manifestations poltergeists à des démons ou des fantômes. Puis, vers la fin du 19ème siècle, on a vu naître une nouvelle théorie, celle de l’agent humain qui influence inconsciemment le monde matériel. Cette théorie est venue supplanter la précédente, au point de l’éclipser presque complètement. 

Pourtant, certains théoriciens du paranormal refusent de laisser tomber l’hypothèse du fantôme. En effet, pourquoi se limiter à une seule théorie? Après tout, les causes des manifestations surnaturelles peuvent varier d’un cas à l’autre. Il se pourrait aussi que les événements poltergeists soient causés par un ensemble de facteurs, par exemple, la présent d’un agent humain ET l’influence d’un fantôme.

Le cas suivant est un bon exemple de cas où il est impossible d’attribuer les phénomènes poltergeists à un agent humain en particulier. De plus, tout porte à croire qu’une personne récemment décédée a influencé les événements:

Le poltergeist et les morceaux de bois

1849, Swanland (Royaume-uni)

Ce cas très intéressant d’infestation poltergeist s’est produit dans une boutique de charpentier. Un jour, alors que trois employés étaient affairés dans l’atelier, un morceau de bois d’environ 4 centimètre carré vint frapper l’un d’eux. Il accusa ses compagnons du méfait, mais ceux-ci jurèrent qu’ils ne savaient pas de quoi il parlait. Ils s’aperçurent rapidement que leur ami ne mentait pas lorsqu’ils reçurent à leur tour un petit morceau de bois, l’un sur la hanche et l’autre sur le rebord du chapeau.

Cherchant dans la boutique l’auteur de la farce, ils se rendirent compte que non seulement ils étaient réellement seuls tous les trois dans l’atelier, mais aussi que quelque chose de surnaturel se produisait: des bouts de bois se déplaçaient touts seuls. 

M. Bristow, l’un des trois employés, expliqua: « De temps en temps, un morceau de bois taillé un instant auparavant, et tombé sur le sol, sautait brusquement sur les établis, et se mettait à danser au milieu des instruments et, ceci est remarquable, car malgré nos innombrables tentatives, nous ne parvînmes jamais à mettre la main sur un morceau de bois en mouvement, car ils éludaient adroitement tous nos stratagèmes. »

Les manifestations continuèrent pendant six semaines. La plupart des bouts de bois impliqués dans le phénomène étaient de la grosseur d’une boîte d’alumette, et étaient de forme variée. Tous ces morceaux, sans exception, provenaient de l’intérieur de la boutique. Leur trajectoire était variée: certains bondissaient d’un meuble à l’autre, alors que d’autres traversaient l’atelier comme une flèche. Lorsqu’ils frappaient quelque chose, ils n’émettaient aucun bruit, même lorsqu’ils arrivaient à grande vitesse. Défiant les lois de la physique, ces bouts de bois pouvaient se déplacer en ondulant dans les airs, ou observer une trajectoire rotatoire, hélicoïdale, serpentine ou sautillante. Parfois, alors qu’ils s’envolaient violemment, les morceaux changeait de vitesse pour venir se poser délicatement par terre.

Ces manifestations surnaturelles étaient-elles attachées à l’un des employés en particulier? Pas du tout. Comme l’écrit M. Bristow: « Aucun rapport n’existait entre les manifestations et les personnes. Les ouvriers de la boutique travaillaient souvent dans les maisons privées, et nous trois, qui fûmes présents le premier jour des manifestations, nous travaillâmes à maintes reprises et alternativement dehors pendant la période où ils se déroulèrent ; et plus d’une fois nous fûmes absents tous les trois. Il en est de même des autres ouvriers, qui s’absentèrent tous successivement pendant les six semaines de hantise. Malgré cela les phénomènes ne cessèrent jamais. »

Le propriétaire du magasin, M. John Gray, semblait terrifié devant ce qui se produisait. Il venait de perdre deux membres de sa famille, soit son frère et le fils de celui-ci. Lorsque son neveu, malade et au seuil de la mort, avait demandé comme dernier voeu que John Gray paye les dettes de son père, celui-ci avait acquiescé, mais une fois son neveu décédé, il ne tint pas parole.

Pétrifié par la peur devant les événements surnaturels qui se produisaient dans sa boutique, il questionna les employés pour tenter de trouver une explication rationnelle. N’en trouvant aucune, il paya les dettes de son frère, plaça une pierre tombale sur la tombe de son neveu, et les manifestations cessèrent aussitôt. (réf. 2)

Les témoins de ce cas particulier s’entendaient pour dire que l’auteur des projections de morceaux de bois était une personne décédée, soit le neveu de John Gray. Pendant ces six semaines de manifestation, il attira l’attention de beaucoup de personnes, mais n’en blessa aucune. Une fois son but atteint, il cessa les déplacements d’objets.

Sorcellerie

On parle moins souvent de cette hypothèse de nos jours, mais il fut une époque où, face à des phénomènes insolites, les gens sautaient rapidement à la conclusion que la sorcellerie avait provoqué les événements.

C’était tellement sérieux qu’au 17ème siècle, en Angelterre, un joueur de tambour fut accusé de provoquer des phénomènes de nature poltergeist par sorcellerie, et subit un procès. (Lire l’article au complet ici.)

Influence de l'électricité

angélique cottin
Angélique Cottin

Cette hypothèse peut paraître farfelue de nos jours, mais vers la fin du 19ème siècle et le début du 20ème siècle, elle était prise très au sérieux. C’était une époque où on découvrait l’électricité et ses propriétés, et on y voyait l’occasion d’étudier des phénomènes étranges du point de vue de la science, et de tester de nouvelles hypothèses.

Ainsi, en 1846, Angélique Cottin, une jeune Normande de 13 ans, était surnommée « la fille électrique » à cause des phénomènes poltergeists qui s’attachaient à elle. Lorsqu’elle s’approchait de différents objets, ils pouvaient être attirés ou repoussés par une force invisible. Elle fut invitée à Paris où des savants l’examinèrent. Certains conclurent qu’un phénomène électrique était à l’oeuvre, tandisque d’autres conclurent à une supercherie.

Angélique elle-même a toujours cru que sa « vertu », comme elle l’appelait, lui venait d’un événement s’étant produit en janvier 1846: elle avait été frappée par la foudre. (réf. 12)

Démons

En mars 1974, aux États-Unis, la famille Donovan commença à remarquer différents événements étranges dans leur maison: des bruits de coups et de grincements, des dommages à la voiture, des plantes arrachées… Ils demandèrent l’aide de la police, qui ne trouva pas de suspect. 

Les phénomènes s’intensifièrent et devinrent terrifiants. Les meubles se déplaçaient, des objets se renversaient et des pierres tombaient sur la maison. Des bruits inexplicables pouvaient être entendus, comme des pleurs de bébé ou des cris à glacer le sang. Des obscénités s’écrivaient d’elles-mêmes sur les murs. Les Donovan demandèrent alors l’aide de l’Église, et finalement, celle d’Ed et Lorraine Warren, les célèbres enquêteurs en paranormal.

Malgré le fait que le cas semblait être une hantise avec manifestations physiques, donc probablement un poltergeist, les Warren conclurent qu’il s’agissait plutôt d’une infestation démoniaque. C’était souvent le cas, d’ailleurs, avec les Warren. Ils disaient « que les fantômes étaient parfois des anges du Diable et que la moitié du temps, ceux qui se prétendaient des esprits humains n’étaient que des démons se donnant une apparence humaine. » 

Un exorcisme fut pratiqué sur la maison par un prêtre catholique, ce qui mit fin aux manifestations.(réf. 13)

Lutins, gnomes, et gobelins

En 1661 en Nouvelle-France, soit le Québec actuel, un Huguenot fut arrêté pour sorcellerie: on l’accusait d’avoir provoqué la présence de lutins dans la demeure de sa bien-aimée. 

Ces lutins s’amusaient à faire des bruits, à jouer de la flute et du tambour, et à lancer des pierres. 

Ces détails sont racontés dans une lettre écrite par Marie de l’Incarnation. Évidemment, celle-ci ignorait tout des esprits frappeurs, et ne pouvait pas savoir qu’elle était en train de décrire un cas typique de poltergeist. Selon les croyances de l’époque, la faute des manifestations fut rejetée sur des lutins.

L’homme accusé de sorcellerie fut jeté en prison, mais comme il refusait de confesser son crime, les charges contre lui furent finalement abandonnées. Quant à sa bien-aimée, elle fut envoyée au couvent.
(réf. 10)

august kopisch
"Les Lutins de Cologne" par August Kopisch

Conclusion

Comme les poltergeists ont plusieurs moyens de communiquer, il fut souvent demandé à ces manifestations d’expliquer qui elles sont, de donner leur nom, leur origine, et ce qu’elles veulent.

Malheureusement, les réponses à ces questions ne sont pas vraiment satisfaisantes. La Sorcière des Bell a affirmé être tour à tour Kate Batts (une voisine qui était en vie et qui se portait bien), un amérindien qui avait été enterré tout près, un esprit qui avait été dérangé, ou encore le fantôme d’un immigrant qui avait caché un trésor dans le secteur et qui était mort sans en révéler l’emplacement. (réf. 14)

Quant à la hantise qui tourmentait Esther Cox à Amherst, et qui communiquait par des coups, plusieurs personnes lui ont demandé son nom, et elle a donné des réponses différentes à chaque fois.

Alors, peut-on vraiment se fier aux réponses données par les poltergeists à qui on demande « qui êtes-vous »? Probablement pas.

Questionnements

Il semble que la pensée humaine soit au coeur du phénomène, mais peut-elle vraiment expliquer à elle seule ces manifestations? Que dire des victimes de poltergeist qui retrouvent la paix après avoir déménagé? Le lieu jouerait-il un rôle de catalyseur pour que ces phénomènes puissent se produire? La présence d’un fantôme ou d’un démon sur place peut-elle expliquer certains cas?

Ce qui est certain, c’est que le phénomène poltergeist est complexe, et qu’à chaque année, de nouvelles histoires s’ajoutent à la longue liste de tous les cas de poltergeist s’étant produits à travers le monde.

Références

  1. Poltergeists (Overview), Psi Encyclopedia
  2. Bozzano, Ernest.- Les phénomènes de hantise, 1932.
  3. Exploring Poltergeists and Psychokinesis, What are They?, Odd Random Thoughts
  4. When The Poltergeist Finds Its Voice, Spectral Vision
  5. The Sauchie Poltergeist Case, Light Force Network
  6. A.R.G. (George) and Iris M. Owen, University of Manitoba
  7. Barrie G. Colvin.- The Andover Case : A Responsive Rapping Poltergeist
  8. Mary Ellen Spook Farm: The Curious Case Of A Fire Poltergeist, Anomalien
  9. The Bizarre Case Of The Beck Poltergeist In Indianapolis, Anomalien
  10. Are You Sure There Are No Ghosts?, Maclean’s
  11. Great Amherst Mystery, Wikipedia
  12. Angélique Cottin, la fille électrique, Mindshadow
  13. Les Dossiers Warren: le cas Donovan, Mindshadow
  14. The Bell Witch, Adams, TN, Last Gasps Paranormal
  15. Philip, Encyclopédie du paranormal

Autres articles concernant les poltergeists:

Bélmez

Comment expliquer que des visages humains apparaissent spontanément sur le plancher de la cuisine de Maria Pereira? Et que même si le ciment est détruit, et un nouveau plancher coulé, le même visage reviendra?

bell witch - sorcière des bell

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le joueur de tambour chez Mompesson

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Published bySuzie Palmer

Suzie Palmer est une chroniqueuse du paranormal, écrivant des articles pour le blog "Enquêtes sur l'impossible". Elle s'intéresse au paranormal et aux mystères depuis des décennies, et elle a habité dans différentes régions du Canada ainsi qu'aux États-Unis.

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